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histoires brèves

Lundi 12 octobre 2009

Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents :
la voisine
Encore la voisine !
Ma voisine - fin -

Vous le savez déjà, il y a vacance du pouvoir sur les terres aux marches de mon domaine. La guerre de Succession fait rage, et chaque jour , le pauvre agent immobilier traîne à sa suite dans le jardin abandonné quelques péons avides de titre de propriété.

Autant vous le dire tout de suite, je ne laisserai pas s'installer juste à coté de chez moi une famille d'imbéciles parvenus ! Mes nouveaux voisins, je les veux un tantinet racés, pas trop fiers malgré tout, si possible dédaigneux des jeux du cirque modernisé façon ballon rond, mais surtout amateurs d'exfoliation platanesque, pas bégueule sur la ronce, ne prenant ombrage ni des traversées furtives et félines, ni des quelques jappements thralliens qui accompagnent les obligatoires parties de baballe vespérales.

Jusqu'à ce samedi, je n'ai pas eu à intervenir, la piétaille dédaigneuse quittait la bicoque avec une moue d'insatisfaction tout à fait convaincante.

Il faut dire, qu'avec sa façade principale plein nord, ses quatre minuscules fenêtres, sa véranda aux vitres martelées, le castelet de la voisine est sombre comme un tombeau dont il a de plus la douceâtre odeur de moisi, à cause des remontées capillaires provenant de la nappe phréatique qui alimente MON puits.

Il en est même venu qui n'ont pas dépassé le seuil.

Mais ce samedi, l'agent convoyait un couple rudement armé. Madame, bichon maltais avec pédigrée sous le bras, cliquetante de bijoux en vrai plastique, la quarantaine avachie, Monsieur, casquette footbolistique posée en équilibre instable sur le crane rougeaud, voix graillonneuse, énorme bide défonçant la veste du mauvais costume.

Le genre qui vient de gagner au grattage, des qui doivent taper la belote jusqu'à pas d'heure le soir en été en écoutant la star ac', incapable d'apprécier les acides envolées de la cabrette de mon ami Fifi exaltant le fumet des sardines au barbecue, des grandes gueules, des emmerdeurs, et croyez-moi, je renifle le style à plusieurs dizaines de mètres.

Et ne voilà-t-il pas que Monsieur s'exclame : "pile poil ce qu'il nous faut, pas cher ! Quartier calme, impasse tranquille, on rase la baraque, on la refait, on vire les arbres du jardin, devant la piscine..."

Il y était l'andouille, il voyait déjà sa grognasse et ses copains en maillot de bain sur le bord bétonné de sa pataugeoire, le mauvais ricard dans les verres en pyrex posés sur le gazon synthétique, les rideaux en pilou-pilou !

Ach ! Niet! Nein! No ! Pas question de s'empéguer ce genre de voisinage ! Il fallait agir d'urgence, prévenir plutôt que guérir, si vis pacem parabellum et tout le reste !

Mon tendre époux et moi-même, sans nous consulter plus avant tant nos esprits fonctionnent au même tempo avons immédiatement lancé les contre-mesures !

Dans le même mouvement, il ouvre la porte du jardin, je balance la baballe, Thrall sort en gueulant de joie, je file titubante à sa suite en hurlant à plein poumon :

"P.... de M... t'as laissé sortir le clébard, il va encore aller chier chez les voisins !"

Mon homme, si doux d'ordinaire me rattrape au milieu de l'allée, tout débraillé, il brandit une bouteille de vin dont il me menace et de sa plus belle voix de sergent chef m'intime l'ordre de la fermer et m'annonce que si j'oublie encore de lui acheter du pinard je vais prendre une sacrée branlée.

Les chattes effarées par les cris auxquels elles ne sont pas habituées giclent de la chatière comme des scuds pointés par dessus le muret-frontière.

Thrall veut jouer aussi, dressé sur ses pattes, le museau à hauteur du bichon qui couine d'angoisse, il aboie sans faillir tandis que le couple bat en retraite, suivi en arrière garde par l'agent immobilier qui, effondré, en oublie de nous fusiller du regard.

Pfiou ! on l'a échappé belle ! Au suivant !



* quoi ? vous attendiez la suite des expéditions Meysson-Figuères ? Ben .. j'y travaille encore, soyez patients et indulgents ! la conteuse couve son blues et tire sa flemme ...

Par Fomahault
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Mardi 22 septembre 2009



Ce matin, il y a de l'Amour dans l'air, comme un parfum d'été indien. C'est un matin de lumière étale, de chaleur douce et de couleur tendre, comme sait si bien nous en réserver mon pays quand l'été s'y attarde un peu.

L'homme de ma vie est parti travailler, il a laissé pour moi la cafetière allumée et je me réveille un peu lascive, titillée par l'arôme puissant du café. Ce matin serait parfait s'il était là, son corps tiède contre le mien et si je pouvais m'y lover, m'y frotter, m'y perdre et m'en remplir. Il me manque et déjà je languis son retour du soir.

Je me glisse dans une chemise à lui, je remplis ma tasse et je m'en vais penser à lui sur la terrasse en regardant tomber les feuilles des platanes. Sur le vert de la table de jardin, il y a une minuscule plume blanche, pas une de ces touffes ébouriffées de duvet, non, une plume parfaite, penne ou rémige aux barbes soyeuses mais infimes et d'une délicatesse émouvante.

Je rêve un instant qu'elle s'est détachée de l'aile d'un cupidon rose et dodu, s'ensauvant d'une toile de Poussin pour voleter par-dessus ma maison afin d'y semer un regain de passion.

La plume palpite au rythme de mon souffle que je retiens, un rayon de soleil s'accroche à elle et l'emporte vers le ciel.

Je cherche du regard le petit Amour ailé qui m'a laissé ce cadeau d'un instant pour me rappeler combien j'aime mon homme.

Mais une odeur bizarre trouble ma rêverie et je n'ai pas besoin de chercher longtemps sa provenance. Là derrière la table, juste au pied du puits, les fourmis ont commencé à dévorer les restes du petit cadavre.

Voyons le bon coté des choses ! Cette salope de tourterelle que mes chattes ont enfin attrapée ne conchiera plus la terrasse ....


la musique qui va bien avec :

 ou alors

Par Fomahault
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Lundi 17 août 2009


Ceux qui n'auraient pas lu les épisodes précédents les trouveront et





Il y a des ennemis auxquels parfois on s'attache autant qu'à de vieux amis. Parcequ'on les connait bien, parcequ'on sait tout de leurs réactions, de leurs faiblesses, parcequ'on sait comment les vaincre et quand bien même'ils essayent encore et encore, ils n'arrivent plus à nous blesser.

C'est le cas de ma voisine, je ne l'aime pas, elle ne m'aime pas, mais nous avons défini sans nous consulter des limites à notre guéguerre, elle chez elle, moi chez moi. Elle râle et ronchonne par-dessus le mur, je lui dis connasse de temps en temps, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Une sorte de convention tacite s'est installée entre nous, un accord de Saint-Loup, à défaut d'une convention génevoise. Nos escarmouches ne font que peu de dommages collatéraux , quelques gastéropodes tout au plus et nous avons évité l'escalade vertigineuse de l'armement spécialisé.

Il existe quelque part, une sorte de respect mutuel qui maintient un statu quo satisfaisant pour chacune de nous. Elle peste, elle enquiquine, elle apparaît remplie de ses récriminations, je l'ignore ou je l'insulte, adaptant la riposte à la mesure de l'attaque et basta !

Seulement voilà, ma voisine est partie. Elle a abandonné la place, son jardin boosté à l'engrais, anciennement gavé de flotte se transforme peu à peu en savane sauvage, colonisé par les mauvaises herbes du mien. Mes épillets, liserons et autres chardons, voltigeurs de l'avant-garde ont installé des postes avancés en territoire ennemi. Mes chattes ont enfilé leurs tenues camouflées et se sont infiltrées pour vérifier l'absence de piège, se sont enhardies jusqu'à pisser sur le toit de la véranda aux vitres martelées, mais les persiennes des fenêtres du premier étage, poste d'observation prvilégié du donjon ennemi, restent désespéremment fermées.

Ma voisine, connasse entre toutes les connasses a-t-elle décidé de prendre sa retraite en Russie ?

J'ai vu récemment une bonne femme en tailleur bon marché cruiser dans le jardin, suivi d'une bande d'intrus, une troisième colonne ?

Et maintenant je vous l'avoue je pointe au même trouillomètre que Georges Buisson devant les armes fantasmées de destruction massive .

Je balise mes p'tits loups, je balise sévère ! Qui va acheter sa maison ? Le muret qui sépare nos territoires, fragile ligne Maginot, tiendra-til le choc d'une invasion à venir ?

Les sanglots longs des violons de l'automne feront-ils déborder une piscine remplie de marmots hurlants comme des sirènes un jour d'attaque aérienne ? Le caniche débile sera-t-il remplacé par un clébard de race supérieure menaçant de tous ses crocs pédigrés mon pauvre Thrall qui n'a appris à mordre que son nonoss?

A moins que pire encore, toute une phalange d'engins de chantier ne viennent mettre à bas le frêle castel campé aux marches de mon territoire pour le remplacer par un bunker minimaliste avec fenêtre de toit et gazon à gogo pour jeune couple de traders enrichi par la crise.

Putain de merde ! J'aurai jamais cru que je dirai ça un jour mais...

Reviens Connasse ! Je te haïssais bien !

Par Fomahault
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