Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents :
la voisine
Encore la voisine !
Ma voisine - fin -
Vous le savez déjà, il y a vacance du pouvoir sur les terres aux marches de mon domaine. La guerre de Succession fait rage, et chaque jour , le pauvre agent immobilier traîne à sa suite dans le jardin abandonné quelques péons avides de titre de propriété.
Autant vous le dire tout de suite, je ne laisserai pas s'installer juste à coté de chez moi une famille d'imbéciles parvenus ! Mes nouveaux voisins, je les veux un tantinet racés, pas trop fiers malgré tout, si possible dédaigneux des jeux du cirque modernisé façon ballon rond, mais surtout amateurs d'exfoliation platanesque, pas bégueule sur la ronce, ne prenant ombrage ni des traversées furtives et félines, ni des quelques jappements thralliens qui accompagnent les obligatoires parties de baballe vespérales.
Jusqu'à ce samedi, je n'ai pas eu à intervenir, la piétaille dédaigneuse quittait la bicoque avec une moue d'insatisfaction tout à fait convaincante.
Il faut dire, qu'avec sa façade principale plein nord, ses quatre minuscules fenêtres, sa véranda aux vitres martelées, le castelet de la voisine est sombre comme un tombeau dont il a de plus la douceâtre odeur de moisi, à cause des remontées capillaires provenant de la nappe phréatique qui alimente MON puits.
Il en est même venu qui n'ont pas dépassé le seuil.
Mais ce samedi, l'agent convoyait un couple rudement armé. Madame, bichon maltais avec pédigrée sous le bras, cliquetante de bijoux en vrai plastique, la quarantaine avachie, Monsieur, casquette footbolistique posée en équilibre instable sur le crane rougeaud, voix graillonneuse, énorme bide défonçant la veste du mauvais costume.
Le genre qui vient de gagner au grattage, des qui doivent taper la belote jusqu'à pas d'heure le soir en été en écoutant la star ac', incapable d'apprécier les acides envolées de la cabrette de mon ami Fifi exaltant le fumet des sardines au barbecue, des grandes gueules, des emmerdeurs, et croyez-moi, je renifle le style à plusieurs dizaines de mètres.
Et ne voilà-t-il pas que Monsieur s'exclame : "pile poil ce qu'il nous faut, pas cher ! Quartier calme, impasse tranquille, on rase la baraque, on la refait, on vire les arbres du jardin, devant la piscine..."
Il y était l'andouille, il voyait déjà sa grognasse et ses copains en maillot de bain sur le bord bétonné de sa pataugeoire, le mauvais ricard dans les verres en pyrex posés sur le gazon synthétique, les rideaux en pilou-pilou !
Ach ! Niet! Nein! No ! Pas question de s'empéguer ce genre de voisinage ! Il fallait agir d'urgence, prévenir plutôt que guérir, si vis pacem parabellum et tout le reste !
Mon tendre époux et moi-même, sans nous consulter plus avant tant nos esprits fonctionnent au même tempo avons immédiatement lancé les contre-mesures !
Dans le même mouvement, il ouvre la porte du jardin, je balance la baballe, Thrall sort en gueulant de joie, je file titubante à sa suite en hurlant à plein poumon :
"P.... de M... t'as laissé sortir le clébard, il va encore aller chier chez les voisins !"
Mon homme, si doux d'ordinaire me rattrape au milieu de l'allée, tout débraillé, il brandit une bouteille de vin dont il me menace et de sa plus belle voix de sergent chef m'intime l'ordre de la fermer et m'annonce que si j'oublie encore de lui acheter du pinard je vais prendre une sacrée branlée.
Les chattes effarées par les cris auxquels elles ne sont pas habituées giclent de la chatière comme des scuds pointés par dessus le muret-frontière.
Thrall veut jouer aussi, dressé sur ses pattes, le museau à hauteur du bichon qui couine d'angoisse, il aboie sans faillir tandis que le couple bat en retraite, suivi en arrière garde par l'agent immobilier qui, effondré, en oublie de nous fusiller du regard.
Pfiou ! on l'a échappé belle ! Au suivant !
* quoi ? vous attendiez la suite des expéditions Meysson-Figuères ? Ben .. j'y travaille encore, soyez patients et indulgents ! la conteuse couve son blues et tire sa flemme ...

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