
Cimetierre Américain Omaha Beach
C'était un beau jeune homme, taillé dans le roc de l'Irlande de ses récents ancêtres, mâtiné de quelques autres exilés plus ou moins volontaires du Vieux Continent, un pur produit de la Grande Amérique , un fils de paysan du Texas, laconique à souhait, ignorant tout des magouilles politiques, un GI sans état d'âme, un jeune sergent qui n'avait jamais vu le feu.
On lui avait montré les bunkers en haut sur la plage et on lui avait dit : c'est là qu'on va.
Alors il a pris son fusil et son paquetage, et quand la barge s'est ouverte, il a foncé en premier tout droit devant,, en criant "Go ! Go Boy's"entrainant dans son sillage des hommes qui lui ressemblaient. Il ne se posait pas plus de question que ça, les gentils c'était lui et ses hommes, les méchants étaient la-haut. On lui avait dit, "on va libérer l'Europe", et pour lui l'Europe c'était un état des Etats-Unis.
Il fut le premier de sa troupe à poser sur le sable ses rangers trempées... puis plus rien. Il est tombé.
Il s'est réveillé en Angleterre, criblé d'éclats de grenade ou d'obus, de tant d'éclats qu'on avait pas pu tous les retirer et que des années plus tard, il affolait encore les portiques de sécurité des aéroports.
Comme il était de roc et qu'il avait pour lui la chance de ses cannailles d'ancêtres, il s'est remis si vite qu'il a pu quelques jours plus tard rallier une unité qui avait libéré Marseille.
Il y a rencontré une française, il l'a trouvée belle et exotique, il l'a épousée et lorsque tout a été fini, il l'a ramené chez lui, il lui a fait deux enfants. Et pendant qu'elle élevait ses filles, il a fait d'autres guerres parceque c'était son métier.
Quand je lui ai demandé comment c'était le débarquement il m'a juste dit avec un pétillement de rire dans ses yeux bleus: "La Normandie, je me suis endormi la bas et je me suis réveillé en Angleterre' et il a rajouté en français avec son accent trainant "Et voila", c'est lui qui m'a montré sous la peau de son bras une petite trace noire, un de ces fragments de grenade ou d'obus, qui des années plus tard remontait vers la surface et qu'il arriverait bientôt à retirer avec une pince à épiler.
Il s'appelle James Fitzgerald Kennedy. Dans la famille, on l'appelle Jimmy, Tonton Jimmy.
Aujourd'hui Tonton Jimmy est très vieux, presque aveugle, et sa mémoire s'éparpille au vent du Colorado...
Forcément dans la région, il reste de nombreuses traces de ces événements. Et les hélicos tournoyaient pour les dernières commémorations! Ces hommages sont mérités, par contre les guignols qui se déguisent en soldats de l'époque et se trimbalent dans des véhicules militaires du débarquement, commencent à exaspérer. J'ai enfin ouvert un blog sur Over...
Cette image de "souvenir dans la peau" est remarquable (rien à voir avec le film), le souvenir qui marque le corps, qui y reste enfiché, alors que la mémoire de l'esprit est vide est une métaphore qui a valeur de fable!
Vraiment, joli, Fomahault, et bravo!
La mémoire pavlovienne
La ritualisation des commémorations s’est perdue entre pédagogie culpabilisante et festivité divertissante.
Les rendez-vous avec l’Histoire trouvent peu d’écho chez les patriotes opportunistes dans l’époque de l’immédiateté sans passé.
Lorsque que l’on ne peut plus distinguer les moments solennels des orchestrations de l’émotivité, la mémoire devient la propriété d’une minorité et le réflexe conditionné sans but des autres.
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