
Ce matin, je me suis levée de bonne heure.
Les rayons de l'aurore glissaient une lumière dorée sous la voute printanière des platanes. Encore pleine des rêves de la nuit, j'allai sur la terrasse, tirai sans faire de bruit une chaise de jardin dans laquelle je m'avachis et posai sans vergogne mes pieds nus sur la table à coté de la tasse de café fumant, laissant les volutes de vapeur réchauffer mes orteils.
Dans le calme et le silence que viendraient bientôt rompre les activités des hommes, j'attendis avec délice que les voisins déclanchent leurs matutinales hostilités.
J'eu à peine le temps d'allumer ma cigarette que fusait déjà la première salve.
- Je suis chez moi ici ! Le premier qui s'approche je lui vole dans les plumes !
Son rival ne tarda pas à répondre.
- Pauvre tare, je suis deux fois plus costaud que toi !
- Hé les filles, venez voir ici, c'est moi qui ait la plus grosse
Bel argument pensai-je alors que l'autre rétorquait :
- Laissez tomber c'est un puceau ! Moi j'ai de l'expérience.
- Viens me dire ça en face gros tas, que je t'arrache les yeux.
Les insultes rebondissaient l'une sur l'autre, se croisaient, s'entremelaient comme les notes d'une fugue de Bach sous les doigts agiles de Gieseking, crescendo, allegretto jusqu'à l'allegro furioso.
Le premier rayon du matin qui passa par-dessus le muret du jardin contraint soudain les belligérants à une prudente retraite. La trève s'installa, elle durerait jusqu'au soir.
J'avalais ma dernière gorgée d'un café devenu tiède, écrasait ma cigarette et démarrait ma journée avec le sourire imbécile de ceux qui viennent de vivre un instant de pur bonheur,
Ce soir à la fraîche, je le savais déjà, les deux rossignols du jardin recommenceraient leur duel de trilles, quirittant à qui mieux mieux pour attirer les donzelles.
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