Dans les temps qui avaient précédé la dévastation, la famille de Paul était considérée comme excentrique. Le Père, ancienne star du rock reconverti écologiste militant, la mère artiste plasticienne et adepte du feng shui avaient élevé leurs enfants dans un mélange détonnant de respect de l’environnement, de libéralisme actif et contestataire, de concerts au rythme à six temps, aux basses saturés et aux voix éraillées, de fumée et d’alcool, de nuits blanches en matins glauques avec céréales bio au petit déjeuner.
Réfugiée dans la maison de bois passive équipée des dernières techniques d‘énergie propre et de récupération d‘eau, entourée d’un potager où le canabis voisinait la rhubarbe, la famille avait fait bloc dans l’adversité.
Cette éducation sauvage avait chevillé à l’âme des frères l’absence de conformisme que leur père appelait l’Esprit du Rock and Roll.
Au cours des années de barbarie qui avaient suivi la pandémie ,la maison, devenue refuge accueillait une bande hétéroclite de vieux rockeurs, de musiciens classiques, de techniciens du son et d’artistes plasticiens de tous les horizons, vieux amis épargnés.
Tandis que les pillards survivants mettaient les villes à sacs, quand les musées flambaient, dans le chaos d’un
monde où la loi du plus armé l’emportait sur tout le reste, la petite communauté avait appris user de la violence nécessaire à sa survie. Les frères s’étaient habitué à dormir dans le bruit, que
ce soit celui des rafales d’armes automatiques arrachant à la nuit son lot de hyènes avides, ou d’un solo de batterie brutal faisant vibrer les murs , exutoire d’un pacifiste qui venait de trahir
son idéal.
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