Le début de l'histoire est ici
Ils avancent et dans ce minuscule instant au cours du quel le corps vacille et cherche l’équilibre du pas, ils sont en même temps ici et là, pieds et jambes dans la lumière crue de nulle part, têtes et bustes déjà offerts aux indigos d’un soleil couchant , mais ils n’ont pas le temps d’en prendre conscience, ils sont déjà passés.
Sur la place au centre du village, il n’y a qu’eux et la fontaine rustique, un simple bassin taillé dans un bloc de calcaire encerclant un énorme champignon de tuf qu’on devine à peine sous sa robe de mousse et de lichens en longs filaments. L’eau rare et limpide sourd du sommet, puis elle dégouline le long du végétal, reflétant le vert acide avant de s’égoutter dans la vasque qui déborde avec un doux chuintement sur les larges dalles blanches et lisses. Tout autour, le village comme l‘élégant cauchemar d‘un urbaniste. Une case ronde de pisé voisine une insulae romaine à deux étages, les fenêtres à meneaux d’un minuscule castel Renaissance font écho aux moucharabieh d’un ryad dont un pan s’appuie lourdement sur une cabane de pêcheur en pierre grise au toit en forme de barque retournée, les styles et les époques se chevauchent et s’entremêlent pour former un ensemble baroque unifié par la patine du temps. L’essentiel du village est posé comme une crèche fantasque sur un ressaut de falaise. Au nord, quelques venelles sombres s’échappent de la placette et s’élèvent en escaliers bancroches vers des terrasses de bois vertigineuses, préludes d’habitations troglodytes dont on devine l’œil noir, au sud, un éclair turquoise entre deux murs suggère un lagon.
Le son doux de l’eau qui coule craquelle le silence de leur surprise, mais un bruissement commence qui enfle lentement. Les villageois écartent des rideaux, entrouvrent des huis, apparaissent à la naissance des ruelles, descendent des hauteurs à pas mesurés, ils murmurent une chanson de bienvenue, quelques notes simples et répétitive comme un refrain hypnotique de berceuse qui apaise et réconforte. Ils portent des corbeilles qu’ils offrent simplement en les posant devant les nouveaux-venus., fleurs, fruits, étoffes, flacons, poterie et quelques rares ustensiles métalliques. Ils ont les gestes lents et calmes de ceux qui savent séduire les chatons sauvages.
Pour la plupart, ils sont simplement vêtus d’une pièce de tissu coloré qu’ils ont drapée selon leur goût ou peut-être leur origine, certains vont presque nus, un foulard ceignant les hanches.
Puis, comme ils étaient venus, ils sont repartis, abandonnant les présents sans attendre de remerciements.
Qui es-tu ? Lui avait demandé un enfant nu et turbulent qui avait fait volte-face et s‘était planté avec insolence devant elle, et après un long silence, tournant la tête vers l’homme à son côté, elle n’avait trouvé d’autre réponse que : « je suis sienne » et lorsque le petit avait posé la même question à l’homme, celui-ci avait saisi sa compagne par la main et dit « je suis à elle ».
Ici, vous serez donc Sienne et Ael - dit le guide qui était resté près d’eux- , et voici votre maison.
Il s’était avancé vers l’entrée d’une petite bâtisse blanchie à la chaud et avait soulevé le rideau de voile qui tenait lieu de porte, les invitant à entrer. La façade de la maisonnette ressemblait à un dessin d’enfant, une ouverture centrée encadrée par deux fenêtres dont les volets ouverts n’étaient qu’un habile trompe-l’oeil, une ridicule petite cheminée plantée de travers sur le coté droit perturbait la symétrie du toit de tuile à double pente.
- On l’appelle « Le gîte ». Vous y resterez le temps qu’il vous plaira, et lorsque vous serez lassés, il sera
toujours temps de bâtir votre nid à votre convenance, avait dit le Guide.
suite
(merci à ceux qui ont reconnu gandhi)
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