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Vendredi 16 octobre 2009


Le début de l'histoire est ici

 

Ils avancent et dans ce minuscule instant au cours du quel le corps vacille et cherche l’équilibre du pas, ils sont en même temps ici et là, pieds et jambes dans la lumière crue de nulle part, têtes et bustes déjà offerts aux indigos d’un soleil couchant , mais ils n’ont pas le temps d’en prendre conscience, ils sont déjà passés.

 

Sur la place au centre du village, il n’y a qu’eux et la fontaine rustique, un simple bassin taillé dans un bloc de calcaire encerclant un énorme champignon de tuf qu’on devine à peine sous sa robe de mousse et de lichens en longs filaments. L’eau rare et limpide sourd du sommet, puis elle dégouline le long du végétal, reflétant le vert acide avant de s’égoutter dans la vasque qui déborde avec un doux chuintement sur les larges dalles blanches et lisses. Tout autour, le village comme l‘élégant cauchemar d‘un urbaniste. Une case ronde de pisé voisine une insulae romaine à deux étages, les fenêtres à meneaux d’un minuscule castel Renaissance font écho aux moucharabieh d’un ryad dont un pan s’appuie lourdement sur une cabane de pêcheur en pierre grise au toit en forme de barque retournée, les styles et les époques se chevauchent et s’entremêlent pour former un ensemble baroque unifié par la patine du temps. L’essentiel du village est posé comme une crèche fantasque sur un ressaut de falaise. Au nord, quelques venelles sombres s’échappent de la placette et s’élèvent en escaliers bancroches vers des terrasses de bois vertigineuses, préludes d’habitations troglodytes dont on devine l’œil noir, au sud, un éclair turquoise entre deux murs suggère un lagon.

 

Le son doux de l’eau qui coule craquelle le silence de leur surprise, mais un bruissement commence qui enfle lentement. Les villageois écartent des rideaux, entrouvrent des huis, apparaissent à la naissance des ruelles, descendent des hauteurs à pas mesurés, ils murmurent une chanson de bienvenue, quelques notes simples et répétitive comme un refrain hypnotique de berceuse qui apaise et réconforte. Ils portent des corbeilles qu’ils offrent simplement en les posant devant les nouveaux-venus., fleurs, fruits, étoffes, flacons, poterie et quelques rares ustensiles métalliques. Ils ont les gestes lents et calmes de ceux qui savent séduire les chatons sauvages.

Pour la plupart, ils sont simplement vêtus d’une pièce de tissu coloré qu’ils ont drapée selon leur goût ou peut-être leur origine, certains vont presque nus, un foulard ceignant les hanches.

Puis, comme ils étaient venus, ils sont repartis, abandonnant les présents sans attendre de remerciements.

Qui es-tu ? Lui avait demandé un enfant nu et turbulent qui avait fait volte-face et s‘était planté avec insolence devant elle, et après un long silence, tournant la tête vers l’homme à son côté, elle n’avait trouvé d’autre réponse que : « je suis sienne » et lorsque le petit avait posé la même question à l’homme, celui-ci avait saisi sa compagne par la main et dit « je suis à elle ».

Ici, vous serez donc Sienne et Ael - dit le guide qui était resté près d’eux- , et voici votre maison.

Il s’était avancé vers l’entrée d’une petite bâtisse blanchie à la chaud et avait soulevé le rideau de voile qui tenait lieu de porte, les invitant à entrer. La façade de la maisonnette ressemblait à un dessin d’enfant, une ouverture centrée encadrée par deux fenêtres dont les volets ouverts n’étaient qu’un habile trompe-l’oeil, une ridicule petite cheminée plantée de travers sur le coté droit perturbait la symétrie du toit de tuile à double pente.

- On l’appelle « Le gîte ». Vous y resterez le temps qu’il vous plaira, et lorsque vous serez lassés, il sera toujours temps de bâtir votre nid à votre convenance, avait dit le Guide.

suite
(merci à ceux qui ont reconnu gandhi)

Par Fomahault - Publié dans : nouvelles
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Mercredi 14 octobre 2009
Tout le monde y va de son courrier au dauphin, alors ... pourquoi pas moi ?



Lettre de la petite fille que j'ai été à Jean Sarkozy


Mon père a le pouvoir
               de me faire sourire et de me consoler

Mon père est riche
               d'amour pour les siens, et d'amour qu'on lui donne

Mon père est charismatique
               tout le monde l'aime et  je ne lui connais aucun ennemi

Mon père a eu un beau métier
               son travail a été utile, et il l'est encore

Mon père est beau
               ses yeux sont d'ardoise et il y a écrit mon futur

Mon père a des relations
               des amis, des copains de longue date

Mon père est heureux
               avec la même épouse depuis plus de cinquante ans

Mon père est sage
              il m'a appris tout ce qu'il savait, et ce qu'il ne savait pas, il m'a appris à l'apprendre

Mon père est respecté
              car il est respectable

Mon père est droit dans ses bottes
              il peut se regarder sans crainte dans la glace le matin quand il se rase

Et pour tous les Epad du monde, je n'échangerai pas mon père contre le tien.


Je suis la fille d'un homme qui ne doit rien à personne
Je suis sa fille, pas son objet.

Alors je te plains, pauvre Jean, fils de rien, qui ne pourra jamais en dire autant.

Par Fomahault - Publié dans : ça me hérisse
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Lundi 12 octobre 2009

Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents :
la voisine
Encore la voisine !
Ma voisine - fin -

Vous le savez déjà, il y a vacance du pouvoir sur les terres aux marches de mon domaine. La guerre de Succession fait rage, et chaque jour , le pauvre agent immobilier traîne à sa suite dans le jardin abandonné quelques péons avides de titre de propriété.

Autant vous le dire tout de suite, je ne laisserai pas s'installer juste à coté de chez moi une famille d'imbéciles parvenus ! Mes nouveaux voisins, je les veux un tantinet racés, pas trop fiers malgré tout, si possible dédaigneux des jeux du cirque modernisé façon ballon rond, mais surtout amateurs d'exfoliation platanesque, pas bégueule sur la ronce, ne prenant ombrage ni des traversées furtives et félines, ni des quelques jappements thralliens qui accompagnent les obligatoires parties de baballe vespérales.

Jusqu'à ce samedi, je n'ai pas eu à intervenir, la piétaille dédaigneuse quittait la bicoque avec une moue d'insatisfaction tout à fait convaincante.

Il faut dire, qu'avec sa façade principale plein nord, ses quatre minuscules fenêtres, sa véranda aux vitres martelées, le castelet de la voisine est sombre comme un tombeau dont il a de plus la douceâtre odeur de moisi, à cause des remontées capillaires provenant de la nappe phréatique qui alimente MON puits.

Il en est même venu qui n'ont pas dépassé le seuil.

Mais ce samedi, l'agent convoyait un couple rudement armé. Madame, bichon maltais avec pédigrée sous le bras, cliquetante de bijoux en vrai plastique, la quarantaine avachie, Monsieur, casquette footbolistique posée en équilibre instable sur le crane rougeaud, voix graillonneuse, énorme bide défonçant la veste du mauvais costume.

Le genre qui vient de gagner au grattage, des qui doivent taper la belote jusqu'à pas d'heure le soir en été en écoutant la star ac', incapable d'apprécier les acides envolées de la cabrette de mon ami Fifi exaltant le fumet des sardines au barbecue, des grandes gueules, des emmerdeurs, et croyez-moi, je renifle le style à plusieurs dizaines de mètres.

Et ne voilà-t-il pas que Monsieur s'exclame : "pile poil ce qu'il nous faut, pas cher ! Quartier calme, impasse tranquille, on rase la baraque, on la refait, on vire les arbres du jardin, devant la piscine..."

Il y était l'andouille, il voyait déjà sa grognasse et ses copains en maillot de bain sur le bord bétonné de sa pataugeoire, le mauvais ricard dans les verres en pyrex posés sur le gazon synthétique, les rideaux en pilou-pilou !

Ach ! Niet! Nein! No ! Pas question de s'empéguer ce genre de voisinage ! Il fallait agir d'urgence, prévenir plutôt que guérir, si vis pacem parabellum et tout le reste !

Mon tendre époux et moi-même, sans nous consulter plus avant tant nos esprits fonctionnent au même tempo avons immédiatement lancé les contre-mesures !

Dans le même mouvement, il ouvre la porte du jardin, je balance la baballe, Thrall sort en gueulant de joie, je file titubante à sa suite en hurlant à plein poumon :

"P.... de M... t'as laissé sortir le clébard, il va encore aller chier chez les voisins !"

Mon homme, si doux d'ordinaire me rattrape au milieu de l'allée, tout débraillé, il brandit une bouteille de vin dont il me menace et de sa plus belle voix de sergent chef m'intime l'ordre de la fermer et m'annonce que si j'oublie encore de lui acheter du pinard je vais prendre une sacrée branlée.

Les chattes effarées par les cris auxquels elles ne sont pas habituées giclent de la chatière comme des scuds pointés par dessus le muret-frontière.

Thrall veut jouer aussi, dressé sur ses pattes, le museau à hauteur du bichon qui couine d'angoisse, il aboie sans faillir tandis que le couple bat en retraite, suivi en arrière garde par l'agent immobilier qui, effondré, en oublie de nous fusiller du regard.

Pfiou ! on l'a échappé belle ! Au suivant !



* quoi ? vous attendiez la suite des expéditions Meysson-Figuères ? Ben .. j'y travaille encore, soyez patients et indulgents ! la conteuse couve son blues et tire sa flemme ...

Par Fomahault - Publié dans : histoires brèves
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