Le début de l'histoire est ici
La couturière avait surpris le regard d’Ael, son visage se ferma brusquement.
- c’est mon dol que tu regardes ?
Et sans lui laisser le temps de répondre, elle ajouta sur la défensive,
- je n’en porte qu’un et il est minuscule. Evidement, c’est à Jola que je le dois.
Puis elle tourna les talons, pris Sienne par la main pour l’entrainer dans le ryad et reprit sur un ton enjoué :
- Viens, je vais te montrer mes trésors.
Ael les suivit à regret, quittant la lumière vive de la terrasse pour l’ombre bleutée des couloirs.
Ils rejoignirent Fayl dans le petit salon, Martha s’était mise en devoir d’initier Sienne aux arcanes de la teinture des tissus.
- tu vois, les bleus, noirs, indigos sont faciles à faire avec ça. Il en faut peu, ça pousse bien et c’est simple à récolter, on utilise seulement la feuille de la guède.
Elle tendait à Sienne une cocagne de pastel,
- mais le rouge, c’est une plaie ! Il faut creuser la terre profondément pour arracher les racines de la garance, et la couleur passe vite au soleil.
Sienne écoutait poliment, hochait la tête pour indiquer qu’elle comprenait bien les difficultés du métier, mais Ael qui savait lire en elle percevait une autre curiosité et surprit les regards furtifs qu’elle portait sur le bijou.
Indifférent aux bavardages de sa compagne, Fayl disposait le couvert sur une table basse. On aurait pu entendre crisser les bols de terre chamotée dans ses mains calleuses, Ael ressentait une gêne qu’il ne put définir à voir cet homme au visage impassible s’activer comme un maître d’hôtel stylé. Il proposa son aide, mais Fayl la refusa poliment et s’adressa à Martha, avec la même absence de conviction qu‘un acteur jouant depuis trop longtemps la même pièce :
- pourquoi ne leur montres-tu pas ton œuvre ? Nous avons le temps, le curry n’est pas tout à fait cuit.
La tension qui s’était installée sournoisement céda d’un seul coup quand la couturière déballa une pièce de brocart. Sur un fond vert amande très doux et soyeux, elle avait rebrodé les volutes d’un motif d’indienne d’un beau blanc nacré, rehaussé de pourpre, de jaune d’or et d’indigo.
Martha glissa la main dans un pli du tissu et s’amusa à le faire onduler. L’effet était saisissant, les couleurs semblaient vibrer et changeaient selon l’orientation de la lumière, du parme le plus doux au rouge sang en passant par un doré profond, l’étoffe semblait s’animer d’une vie propre.
Sienne en avait le souffle coupé, elle n’osait pas imaginer le nombre d’heures de travail qu’il avait fallu pour créer cette merveille.
Quand Fayl revint, précédé par les parfums de curry et de cardamome, Martha toute rose des compliments qu’on lui avait adressés rangea le tissu précieux dans un coffre de cèdre.
- Un jour, peut-être, je le cèderai à Jola, dit-elle avec un soupir. Puis la conversation s’engagea sur des
précisions techniques, Fayl et Martha dévoilant tour à tour leurs secrets de fabrication.
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