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Jeudi 11 juin 2009

Vous, privilégiés d'Over-blog qui n'avez pas connu les vissicitudes d'un pays étrange nommé l'Orange, vous ne pourrez pas comprendre...
Sachez seulement que quelques réfugiés vont arriver ici, à la recherche d'un espace de liberté. Merci de les accueillir et de leur tendre la main !


Pour mes amis d'Orange, éjectés sans ménagement de leurs blogs avec un mois de préavis, je rouvre le salon.
j'ai remis à boire dans le frigo, du café dans le percolateur. Vous pouvez vous installer ici un moment avec vos valises pour y échanger vos impressions, vos futurs ports d'attache, pour y ronchonner à loisir en sirotant un cocktail...
Ici, vous pourrez vous poser pour un moment ou pour longtemps, et même trouver quelques réponses à vos questions..

Bienvenue donc pour commencer à :

JacquesJer, le gnomoniste distingué : http://jacquesjer.over-blog.fr/
Amigos, le gentil motard respecteux : http://amigo13.over-blog.fr/
EmmaElbe et les problèmes existentiels au quotidien : http://emmaelbe.over-blog.com/
et un drôle d'oiseau : http://incognito71.over-blog.fr/
Un historien contemporain :http://bauds.over-blog.com/
Une vision décalée de l'actualité :
http://axel21.over-blog.com/

(mise à jour de la liste au fur et à mesure des arrivées qui me seront signalées)

Par Fomahault
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Samedi 6 juin 2009




Cimetierre Américain Omaha Beach

C'était un beau jeune homme, taillé dans le roc de l'Irlande de ses récents ancêtres, mâtiné de quelques autres exilés plus ou moins volontaires du Vieux Continent, un pur produit de la Grande Amérique , un fils de paysan du Texas, laconique à souhait, ignorant tout des magouilles politiques, un GI sans état d'âme, un jeune sergent qui n'avait jamais vu le feu.

On lui avait montré les bunkers en haut sur la plage et on lui avait dit : c'est là qu'on va.

Alors il a pris son fusil et son paquetage, et quand la barge s'est ouverte, il a foncé en premier tout droit devant,, en criant "Go ! Go Boy's"entrainant dans son sillage des hommes qui lui ressemblaient. Il ne se posait pas plus de question que ça, les gentils c'était lui et ses hommes, les méchants étaient la-haut. On lui avait dit, "on va libérer l'Europe", et pour lui l'Europe c'était un état des Etats-Unis.

Il fut le premier de sa troupe à poser sur le sable ses rangers trempées... puis plus rien. Il est tombé.

Il s'est réveillé en Angleterre, criblé d'éclats de grenade ou d'obus, de tant d'éclats qu'on avait pas pu tous les retirer et que des années plus tard, il affolait encore les portiques de sécurité des aéroports.

Comme il était de roc et qu'il avait pour lui la chance de ses cannailles d'ancêtres, il s'est remis si vite qu'il a pu quelques jours plus tard rallier une unité qui avait libéré Marseille.

Il y a rencontré une française, il l'a trouvée belle et exotique, il l'a épousée et lorsque tout a été fini, il l'a ramené chez lui, il lui a fait deux enfants. Et pendant qu'elle élevait ses filles, il a fait d'autres guerres parceque c'était son métier.

Quand je lui ai demandé comment c'était le débarquement il m'a juste dit avec un pétillement de rire dans ses yeux bleus: "La Normandie, je me suis endormi la bas et je me suis réveillé en Angleterre' et il a rajouté en français avec son accent trainant "Et voila", c'est lui qui m'a montré sous la peau de son bras une petite trace noire, un de ces fragments de grenade ou d'obus, qui des années plus tard remontait vers la surface et qu'il arriverait bientôt à retirer avec une pince à épiler.

Il s'appelle James Fitzgerald Kennedy. Dans la famille, on l'appelle Jimmy, Tonton Jimmy.

Aujourd'hui Tonton Jimmy est très vieux, presque aveugle, et sa mémoire s'éparpille au vent du Colorado...

Par Fomahault - Publié dans : histoires brèves
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Jeudi 4 juin 2009


La belle Carlita était désespérée,

son Chouchou Président avait encore foiré.

Pourtant, ses laquais affidés avaient tout préparé,

fiches et résumés,briefings, répétitions tout était peaufiné

pour que l'inculte enfin passant pour érudit,

étouffe les pamphlets des critiques maudits.

En fallait-il du baume pour leur faire oublier

que dans un premier temps il avait violenté

la Princesse de Clèves, juste pour rigoler,

et c'est horrifiée au fin fond de l'avion qu'elle entendit l'ignare

persistant dans sa crasse, dire Roujon Macquart

en évoquant Zola,

prouvant s'il le fallait qu'il ne le lisait pas.

Les fielleux journalistes en firent leurs délices, rivalisant d'ardeur

de vilaine malice, d'adjectifs assassins, de verbes incongrus

pour railler son chouchou, son mec, son âme soeur

Son petit empereur, son petit bout d'amour qui carressait son coeur (*).

Tristement convaincue qu'il serait difficile
de transformer son nain en docte généreux,

de lui apprendre à lire et d'y trouver plaisir, de polir le rugueux

pour en faire jaillir un soupçon d'élégance, un peu de courtoisie, un zeste de savoir

Il lui vint une idée que seule peut avoir
une femme aveuglée par l'amour du pouvoir.

S'il ne voulait s'instruire au contact de Voltaire, de Descartes ou de Sand

Elle écrirait pour lui des romans incendiaires,
des ouvrages affolants, des vers de douze pieds

Au parfum délétère, avec dedans du sexe et des mots compliqués.

Elle allait le mater son pervers imbécile, elle, il la lirait !

Choisissant un Mont-Blanc, elle commença d'écrire, mais le stylo bavait.

Sa plume écorniflée, de même tous les autres sagement alignés

Collection onéreuse jamais utilisée, si ce n'est pour crever dans un geste rageur

Les yeux des opposants, des rivaux, des gêneurs

sur les photos glacées des magazines pipeaux
juste à coté de celles montrant tout de son dos.

L'énervement gagna la distinguée donzelle, qui d'un pas décidé alla jusqu'au jardin.

Sur le premier oiseau croisé, c'était un paon, je crois,

qu à la queue magnifique , la féroce arracha

une plume qu'elle aiguisa, pour satisfaire à ses besoins

car s'il est une chose qu'il faut que vous sachiez,
 journaleux assassins et mettiez à la Une

c'est que bien mieux que vous la belle évaporée
sait tailler une plume....

* je sais coeur ne rime pas avec incongru, mais j'avoue, j'ai pas trouvé la rime...

Par Fomahault - Publié dans : réflexions
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Samedi 30 mai 2009


Ce matin, je me suis levée de bonne heure.

Les rayons de l'aurore glissaient une lumière dorée sous la voute printanière des platanes. Encore pleine des rêves de la nuit, j'allai sur la terrasse, tirai sans faire de bruit une chaise de jardin dans laquelle je m'avachis et posai sans vergogne mes pieds nus sur la table à coté de la tasse de café fumant, laissant les volutes de vapeur réchauffer mes orteils.

Dans le calme et le silence que viendraient bientôt rompre les activités des hommes, j'attendis avec délice que les voisins déclanchent leurs matutinales hostilités.

J'eu à peine le temps d'allumer ma cigarette que fusait déjà la première salve.

- Je suis chez moi ici ! Le premier qui s'approche je lui vole dans les plumes !

Son rival ne tarda pas à répondre.

- Pauvre tare, je suis deux fois plus costaud que toi !

- Hé les filles, venez voir ici, c'est moi qui ait la plus grosse

Bel argument pensai-je alors que l'autre rétorquait :

- Laissez tomber c'est un puceau ! Moi j'ai de l'expérience.

- Viens me dire ça en face gros tas, que je t'arrache les yeux.

Les insultes rebondissaient l'une sur l'autre, se croisaient, s'entremelaient comme les notes d'une fugue de Bach sous les doigts agiles de Gieseking, crescendo, allegretto jusqu'à l'allegro furioso.

Le premier rayon du matin qui passa par-dessus le muret du jardin contraint soudain les belligérants à une prudente retraite. La trève s'installa, elle durerait jusqu'au soir.

J'avalais ma dernière gorgée d'un café devenu tiède, écrasait ma cigarette et démarrait ma journée avec le sourire imbécile de ceux qui viennent de vivre un instant de pur bonheur,

Ce soir à la fraîche, je le savais déjà, les deux rossignols du jardin recommenceraient leur duel de trilles, quirittant à qui mieux mieux pour attirer les donzelles.

 

Par Fomahault - Publié dans : histoires brèves
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Lundi 11 mai 2009

Dans les temps qui avaient précédé la dévastation, la famille de Paul était considérée comme excentrique. Le Père, ancienne star du rock reconverti écologiste militant, la mère artiste plasticienne et adepte du feng shui avaient élevé leurs enfants dans un mélange détonnant de respect de l’environnement, de libéralisme actif et contestataire, de concerts au rythme à six temps, aux basses saturés et aux voix éraillées, de fumée et d’alcool, de nuits blanches en matins glauques avec céréales bio au petit déjeuner.

Réfugiée dans la maison de bois passive équipée des dernières techniques d‘énergie propre et de récupération d‘eau, entourée d’un potager où le canabis voisinait la rhubarbe, la famille avait fait bloc dans l’adversité.

Cette éducation sauvage avait chevillé à l’âme des frères l’absence de conformisme que leur père appelait l’Esprit du Rock and Roll.

Au cours des années de barbarie qui avaient suivi la pandémie ,la maison, devenue refuge accueillait une bande hétéroclite de vieux rockeurs, de musiciens classiques, de techniciens du son et d’artistes plasticiens de tous les horizons, vieux amis épargnés.

Tandis que les pillards survivants mettaient les villes à sacs, quand les musées flambaient, dans le chaos d’un monde où la loi du plus armé l’emportait sur tout le reste, la petite communauté avait appris user de la violence nécessaire à sa survie. Les frères s’étaient habitué à dormir dans le bruit, que ce soit celui des rafales d’armes automatiques arrachant à la nuit son lot de hyènes avides, ou d’un solo de batterie brutal faisant vibrer les murs , exutoire d’un pacifiste qui venait de trahir son idéal.


à suivre
Par Fomahault - Publié dans : nouvelles
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